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Mot de passe perdu?

Le Grand Escalier

Le Grand Escalier >> Monde Magique >> Reste du monde

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exile.
Retraité
Traître à son sang
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Serpentard
5e année
Titre : Re : exile.
Créé : 08/12/2025 à 00:25:04

NATACHA · Les Lighters...

Un murmure en guise de réponse à une question empressée, voilà tout ce que Natacha se sentait prête à donner. Elle avait marché à pas puissants dans le froid norvégien, les doigts élégamment serrés autour de sa baguette, surveillant du regard celle qui la devançait de quelques pas ; sa femme, qui lui offrait son dos, en toute vulnérabilité – cette ennemie, qui avait pris possession de ce corps, comme pour le laver de tous leurs baisers.

En se rapprochant de la villa, une intuition pernicieuse avait commencé à s'emparer d'elle. La silhouette de ces toits connus, autrefois dessinés, schématisés dans des plans aujourd'hui enterrés, n'avait fait que confirmer le fait que cette excursion était une mauvaise idée. Qui était cette Camille, dont le premier instinct était de fuir chez les Lighters, de se rendre dans cette maison maudite, dans ce lieu où le temps s'était arrêté, juste assez longtemps pour les traumatiser ?

Mais son pas ne s'affaiblissait pas ; sans doute était-ce que sa curiosité était trop grande. Que s'était-il passé là, dans l'autre monde ? Pourquoi cette Camille se rendait-elle là ? La flamme de l'inconnu la brûlait. Elle devait trouver des réponses dans cette étrange apparition, donner un sens à cette irruption dans son quotidien, le jour où tout aurait dû être parfait. Car cette rayure dans le cadre parfait de leurs vies, elles ne l'avaient pas prédit – c'était un inconnu, un vrai ; un bouleversement que le temps lui avait caché. Il devait y avoir une raison, derrière tout cela. Pourquoi était-elle venue là, si elle détestait l'idylle qu'elles avaient créée ? Pourquoi aujourd'hui, pourquoi maintenant ?

Il fallut attendre que les mains de Camille s'affaissent sur ses tempes pour qu'enfin, la façade difficilement préservée de Natacha s'effondre, en un geste protecteur, alors que ses mains se posaient, l'air inquiet, sur les épaules de sa femme.


NATACHA · Птичка…

Ces mots avaient la rapidité d'un réflexe, d'un amour qui ne savait pas écouter la raison. Ce n'était pas Camille, ce n'était pas sa femme. Et pourtant… Pourtant, elle connaissait ce geste, elle connaissait ces ridules de douleurs, elle connaissait tout de ce corps, et elle l'aimait. D'un bref geste, elle transforma un vieux vase laid en fiole, remplie d'un liquide noir, qu'elle tendit délicatement à ce corps inconnu.

NATACHA · Prends ça. C'est encore les voix ?...

Encore. Elle en disait trop. Elle en savait trop. Elle savait tout de cette femme, et elle ne savait rien à propos d'elle. En cet instant, sa Camille lui manquait terriblement. Elle aurait aimé serrer plus cette taille, sentir ce visage contre sa peau, effacer tous les maux la hantant d'un seul geste. Mais elle osait à peine aller plus loin que ce contact, déjà indécent. L'amour qui battait en elle était inapproprié ; elle aurait tant donné pour retrouver sa bien-aimée. Maladroitement, elle lâcha l'inconnue, et rattrapa le cadre. Les cheveux blonds, les traits de vélane. Elle connaissait cette jeune fille. Elle l'avait vu des milliers de fois, à travers des souvenirs de pensines. Et des milliers de fois, elle s'était demandé : comment les choses auraient-elles pu changer ?

NATACHA · Je suis désolée… Ta fille n'est pas là.

Elle n'était pas là, tout comme elle était nulle part à la fois. Perdue dans un tourbillon d'éclairs. Les souvenirs, tant consultés par Natacha, n'étaient pas les siens, et pourtant, la douleur de sa femme avait été telle qu'ils la frappaient, violemment. Elle aussi, elle reposa le cadre, ferma les yeux, pour n'y retrouver des images que plus violentes. Les larmes de Camille. Sa baguette à elle, contre la tempe de Faith. Les souvenirs, méticuleusement étiquetés, rangés, d'un geste chirurgical, inhumain. L'idylle après le drame. La plaie béante à jamais gravée dans la peau de leur famille. Camille pouvait-elle seulement comprendre ?

NATACHA · C'était une nuit d'hiver… Faith avait disparu, j'avais une mauvaise intuition… Tu m'avais dit de rester avec Caitlyn et Oryæ.

Non, ce n'était pas cela la question. Il fallait remonter avant, bien avant. Les Lighters… Leurs plus grands ennemis, ceux qu'elles avaient tant combattus. Ceux qu'elles avaient vaincus.

NATACHA · Nous détestions les Lighters, évidemment. Nous méprisions tout ce qu'ils faisaient. Nous avions établi des plans, des stratégies. Nous allions les vaincre. Nous étions plus puissantes qu'eux, nous connaissions leurs faiblesses… Oui, notre plan était parfait.

Parfait, mais pas assez. Il y avait une chose, une, qu'elles n'avaient pas imaginée. Et cette chose les avait dévorées.

NATACHA · Nous étions censées… Peu importe. Nous étions plus puissantes, ils ont été plus rapides. Un soir, ils ont capturé Faith. Elle était partie faire des courses pour Noël, t'acheter un cadeau et…

L'inhumanité avait gagné. Faith s'était retrouvée plongée dans cette cuve de poison… Elle entendait encore la douce voix de sa fille supplier sa mère de l'achever. Et, autour d'elle, d'autres cuves, remplies de la même manière. Chacune d'entre elle était ornée d'une plaque de bronze ; « Vélane », « Troisième œil », « Vampire » disaient-elles.

Dès que Camille était rentrée dans la pièce, un poison couleur de glace avait commencé à remplir les cuves, simultanément. C'était une drogue nouvelle, à la composition inconnue – une substance plus puissante encore que le Collyre et le sel d'écaille réunis. Les adolescents enfermés avaient commencé à hurler à la mort. Les hurlements étaient déchirants, d'une cruauté telle qu'aucun humain n'aurait pu l'imaginer.

Mais malgré toute leur violence, ces cris n'étaient pas assez forts pour cacher le rire d'Aurore, qui se réjouissait d'ainsi avoir piégé son ennemi. Camille Dubois lui était livrée sur un plateau d'argent. Tout ce qu'il avait fallu faire, c'était kidnapper sa fille. Encore deux enfants, et cette idiote de Tchaïviev serait à elle également...

Ces pensées, la Légilimens les avait entendues – évidemment. Les éclairs avaient fusé. Un éclair vert avait achevé le combat, laissant Aurore pour morte dans son propre laboratoire. Mais trop de temps s'était écoulé. Même avec toute la magie du monde, Camille n'avait le temps de sauver qu'un seul enfant.


NATACHA · Tu… Enfin, Camille… Elle a fait ce qu'il fallait pour sauver notre famille.

Cela impliquait des sacrifices. Cinq, pour être exact. Cinq jeunes adultes, d'âges et de dons différents, dont elles n'avaient jamais retrouvé de noms. Cinq corps, qui avaient été rongés par le poison. Il avait fallu trois mois au corps de Faith pour se remettre des évènements, trois mois que Camille avait passés avec Oryæ, à concocter des potions, en quête du remède parfait. C'était comme ça que mère et fils s'étaient rapprochés.

NATACHA · Faith nous a demandé d'effacer ses souvenirs… Elle sait ce qu'il s'est passé, elle sait où ils sont rangés. Mais elle ne pouvait plus vivre avec ces images...

Et puis, la vie, peu à peu, s'était reconstruite. L'absence de Faith à Poudlard avait été cachée, son retard rattrapé par des cours particuliers de la part de ses mères. On avait enterré tout cela dans le passé – sauf quelques soirs, où, soudainement, les cris et le rire de glace revenaient hanter l'esprit de Camille. Où les deux épouses, dans le silence de leur lit, s'interrogeaient – pourquoi ? Qu'aurait-on pu changer ?

NATACHA · Je suis désolée pour ta fille. Je ne savais pas qu'elle s'appelait Lyanna...

C'était il y a quatre ans déjà. Afin de ne pas sombrer dans la folie, elles avaient cessé de chercher les identités des enfants disparus, et personne n'était venu les chercher. Alors, il avait fallu avancer.

NATACHA · Mais Camille a fait ce qu'il fallait pour sa fille.

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Titre : Re : exile.
Créé : 10/12/2025 à 23:47:29

Alors que la sorcière racontait, que ses mots aussi cruel que vrais s'enfonçaient dans son esprit, dans sa mémoire, Camille revoyait tout. Ressentait tout. C'était comme si elle avait vécu elle-même ce choix, et pour la première fois elle comprit ce double qui n'était pas elle. Camille avait choisis sa fille. Car dans tous les mondes Camille choisirait toujours sa fille.

Les souvenirs se chevauchèrent. Vélanes assassinées dans une forêt ensanglantée. Moldu. Sorciers. Créatures. Morts. Il y en avait tellement. Si son âme avait été irrémédiablement brisée bien avant sa rencontre avec Lyanna, le sang sur ses mains s'était épaissis alors qu'elle la sauvait encore et encore. Ses genoux heurtèrent le sol alors que les vitres des cadres explosaient en poussière de verre.

Elle s'était trompée en pensant que cette autre version était faible. Elle attendait juste son heure. Patiemment. Elle n'était peut-être pas aussi brisée, peut-être pas aussi sombre, mais l'amour qu'elle vouait à ses enfants était lui bien plus fort que tout ce que la mage noire ne pourrait plus jamais ressentir. Elle profita de ces quelques secondes de battements, laissant cette jumelle maudite dans son énième deuil qu'elle ne savait porter, et releva sa tête.

Dans son regard couleur glace brillait à présent une détermination que Natacha connaissait. Lorsqu'elle leva un genoux, son pied écrasa des morceaux du cadre explosé, de la photo qui gisait, représentant cette blonde qui signifiait tant pour l'autre. En un pas, elle fut contre elle, contre celle qui était, et serait toujours, son âme soeur. Sa main agrippa cette taille qu'elle connaissait mieux que la sienne, la caressant d'un pouce d'un amour, d'une adoration, qui ne pouvait être feinte.

« Nous n'avons que quelques secondes, бабочка, je ne sais pas quelle magie elle utilise, mais si elle le décidait elle pourrait réellement rester ici. Détruire tout ce que nous avons construit. Les enfants. »

Son autre main rétracta la baguette et se posa sur la joue de son aimée. Cette joue qu'elle aurait aimé embrasser, descendre dans son cou, la sentir frissonner à son contact, comme si c'était la première fois. Mais elles n'avaient pas le temps. Déjà elle sentait tambouriner aux portes de son esprit, celle qu'elle avait réussit à mettre en cage un court instant.

« Elle cache dans ses poches une couronnes aux pierres briseuses de réalité. Déloge-en une et jette la lui au pied avec ces paroles. »

Son front contre celui de la moitié de son âme, elle répéta les paroles qu'elle avait tiré de l'esprit de Camille. Les mots étaient rugueux, âpres, emplis d'une magie qui n'aurait pas dû être utilisée. Une magie qui avait été oubliée pour une bonne raison. Il était dangereux de jouer avec le temps. Mais peut être plus encore avec le multivers. Sa bouche se plaqua contre celle de Natacha avec intensité, se détachant d'elle uniquement pour ajouter précipitamment.

« Chaque seconde qu'elle passe ici corrompt notre monde, notre réalité, mon amour. Sans s'en rendre compte, elle entraine avec elle un tourbillon de chaos. Si elle reste, nos deux réalités rentreront en collision. Qui peut prédire alors ce qui se passera ? Mais dans sa réalité, notre petit ange, Caitlyn n'existe pas. Nous pourrions la perdre... Nous pourrions tout perdre. »

Et alors qu'elle embrassait une dernière fois les lèvres de son amour, elle se sentit partir. Perdre le contrôle de ses mains qui repoussèrent la taille de la russe. Perdre le contrôle de ses pensées qui devinrent à nouveau brisées, haineuses, emplit de colère et non plus d'amour. Ses lèvres s'arrachèrent, se plissèrent d'incompréhension puis de méfiance. Sa main se saisit à nouveau de sa baguette comme un rempart envers tout, et surtout ce qui pourrait la changer. Alors que son pied bougeait pour se reculer, espacer, il piétina à nouveau cette photographie qu'elle ne put s'empêcher de ramasser. Lyanna semblait si innocente. Si belle. Comment avait-elle pu mourir, ici aussi ? Mais en même temps, déjà ses sentiments semblaient empoisonnés par cette réalité. Peut-être qu'avec quelques semaines, quelques mois, pourrait-elle s'habituer et transformer cette Faith en fantasme de son autre fille ? Le pourrait-elle ?



C'est Camille Dubois, évidement.

« You break the rules and become a hero. I do it, I become the enemy. »
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Titre : Re : exile.
Créé : 21/12/2025 à 16:39:34

Elle était de retour, face à elle, contre elle – sa Camille, sa femme. Dès que la lumière avait changé dans le regard de son interlocutrice, la façade de Natacha disparu, laissant place à un sourire doux, une expression dépourvue de toute tension. Enfin, celle qu'elle aimait était là, dans ses bras. C'était tout ce qui comptait, tout ce qu'il lui fallait pour respirer à nouveau, pour détendre ses muscles, relâcher ses bras, qui n'avaient plus besoin d'être prêts au combat.

Un soupir lui échappa, tandis qu'elle retrouvait les mains de Camille contre ses hanches. Quel soulagement. L'amour de sa vie était là, vivante, en sécurité. Peu importe ce qu'elle désirait, l'intruse ne serait plus là pour longtemps, elle reviendrait à sa sombre réalité, cesserait de corrompre et d'assombrir le petit paradis d'amour dans lequel elle vivait. Oubliant un instant ce qui venait de se passer, la russe laissa sa main glisser sur le col de sa bien aimée, la saluant d'une voix enamourée.


NATACHA · Птичка...

Déjà, les images de leurs retrouvailles s'imposaient à son corps, à son esprit. Vingt-cinq ans de mariage n'avaient en rien éteint l'amour qu'elle éprouvait pour Camille, et sa tendresse ne faisait que grandir pour cette femme qui, un jour, l'avait sauvée du plus sombre des destins. Lorsque l'impromptue visiteuse aurait été renvoyée chez elle, alors, plus rien ne serait là pour les empêcher de célébrer ce jour.

Mais pour l'instant, il fallait lutter ; lutter en compagnie de sa plus fidèle alliée, lutter contre celle qui avait vu les horreurs de cet autre monde, de cet esprit fou qui venait les attaquer. Les yeux plongés dans ceux de celle qu'elle aimait, la troisième oeil enregistrait les informations qu'on lui donnait, prête à les réutiliser dès que le temps viendrait – pour trouver la force d'ainsi se battre avec une arme qu'elles ne connaissaient pas, cette couronne diabolique aux pierres magiques, elle elle ponctua la phrase de Camille d'un baiser, plongeant ses doigts dans la chevelure ébène de son amour juste le temps d'un instant, avant de reprendre leur conversation.

Alors que déjà, elle sentait sa femme la quitter, et disparaître dans les brumes de l'esprit voleur qui l'avait emprisonnée, elle murmura, entre deux baisers pleins de fougue, un au-revoir qui n'en était pas vraiment un, une promesse de retrouvailles quasi instantanées.


NATACHA · Ne t'inquiètes pas, птичка. Je ne la laisserai pas voler notre bonheur. Elle ne touchera pas une seconde de plus à notre réalité. Caitlyn est en sécurité.

Caitlyn, leur trésor, leur fille ; celle qui n'existait nul part ailleurs que dans cette réalité. Elle était le fruit de leur amour, de leur puissance, l'évidence pour laquelle elles s'étaient battues et continueraient de se battre. Il n'y avait, dans ce monde, qu'une chose de plus précieuse que leur amour, et c'était cette petite fille au grand sourire, et à la joie si grande que jamais cette Autre ne pourrait l'éteindre.

Mais déjà Camille partait, alors que les deux femmes échangeaient un dernier baiser – un énième, et pourtant, ce n'était toujours pas assez. Mais peu importe – Natacha se faisait repousser, par l'autre cette fois, et tandis qu'elle reculait d'un pas, une lueur rouge apparut entre ses doigts. L'une des pierres, qu'elle avait habilement volées lors de ses caresses, une pierre que la lumière frappait, prévenant déjà de la rupture à venir de l'espace-temps.


NATACHA · Ne te fais pas trop d'illusions, Dubois. Tu as eu tes réponses. Le temps est venu pour toi de partir, c'est fini.

En un coup de baguette, la lourde cape de Camille s'était retrouvée attirée à sa baguette, comme aimantée par un vif éclair doré, et, avec elle, la silhouette de la mage noire, dont le visage était maintenant dangereusement proche de la russe, qui retrouvait sur ses lèvres sombres un air qui se délectait déjà du pouvoir qu'elle possédait maintenant.

NATACHA · Ne t'approche plus jamais de mes enfants. Ne t'approche plus jamais de ma famille.

Et, se rapprochant encore, elle chuchota à son oreille une dernière phrase, si doucement que même les murs pouvaient à peine l'entendre.

NATACHA · Rentre chez toi, et ne t'approche plus jamais de moi, Dubois.

Et, d'un simple geste, elle lâcha la pierre, tel que lui avait expliqué sa bien aimé, et prononça l'incantation tandis qu'un nuage couleur de sang s'abattait sur les talons de l'intruse.

Une, deux, trois secondes. Et voilà – le regard de Camille changea d'expression, en une transformation si minime que personne d'autre que celle qui se réveillait tous les jours à ses côtés aurait pu le remarquer. Mais elle, Natacha, l'avait remarqué. Elle avait vu cette complicité renaître au sein du regard glacial dans lequel elle aimait plonger. Et, en un geste, la russe fit en sorte de conclure le baiser qu'elles n'avaient jamais pu terminer.


NATACHA · Bon anniversaire, моя птичка.

Et, ainsi, en un seul geste, l'harmonie fut retrouvée. Du moins, dans cet univers-là...

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Titre : Re : exile.
Créé : 12/01/2026 à 14:38:13

Il était peut-être un peu compliqué de tenir des comptes mais alors que la mage noire se faisait chasser avec violence de cette réalité, elle en profita pour faire mentalement un petit sommaire. Ce qui changeait et ce qu'elle en obtenait. Changer un détail trop profondément dans le passé lui faisait perdre l'adoption de Lyanna, changer quelque chose de trop récent, ne changeait pas réellement la finalité. C'était une équation. Une équation avec beaucoup trop d'inconnue. Sans être trop stupide, elle savait qu'elle pourrait passer une vie entière à chercher la bonne réalité. Elle excusa en une pensée son comportement dans la dernière en date, ronchonna un peu plus sur Natacha qui peu importe la réalité avait décidé de lui mettre des baguettes dans les roues, et surtout, se persuada que même si sur le papier cette petite famille avait l'air parfaite, elle ne l'était pas. Il n'y avait pas Lyanna. Elle avait préféré une autre à sa chère Lyanna. Cela voulait donc dire qu'elle n'était absolument pas parfaite, cette réalité.

Peut-être que ce fut ses pensées, ou son temps passé à choisir beaucoup trop long, preuve de son indécision, mais pour la première fois, lorsque Camille toucha le sol c'était en extérieur. Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour savoir où elle était. C'était un lieu qu'elle avait évité des années et n'allait que rarement même étant adulte. C'était un lieu qui l'avait pourtant hanté chaque nuit. Chaque jour. Chaque heure. Lorsqu'elle se releva, elle savait que si elle cherchait un peu plus loin dans les hautes herbes à sa droite, elle trouverait une adolescente qui rêvait de s'enfuir.

Et derrière elle... Elle entendit sa voix, sa toute petite voix d'enfant, avant de le voir. Il n'était pas très grand en même temps. Elle savait qu'il allait traverser car il apercevrait quelque chose qui lui ferait penser que sa soeur s'était échappé de ce côté. Et lorsqu'il traverserait ...

Mais la voiture, conduite par deux moldus dont le regard étaient flous, lancée beaucoup trop vite pour une route de campagne, n'atteignit jamais sa cible. Elle se fracassa dans un bruit de tôle froissées insupportable contre un mur invisible dressé par une sorcière d'ombre. Et alors qu'elle disparaissait dans un nouveau présent, elle s’aperçut. Adolescente dégingandée, trop pâle, trop maigre, l'esprit déjà maltraité depuis des années par sa génitrice. Mais cette vision d'elle-même ne la vit pas, elle s'était précipité sur ce qui comptait le plus à ses yeux à ce moment-là. L'enfant miraculeusement sauvé qui tremblait au milieu d'une route, entouré de débris.

Ce soir-là il y eut une grande fête au château Dubois. Xavier Dubois avait organisé une réception grandiose pour fêter l'arrivé des pouvoirs de son héritier. Et quels pouvoirs ! Tout le monde, sorciers, serviteurs humains et elfes de maison de son épouse, avaient pu le constater. Alexandre Dubois, héritier de la famille, avait détruit une voiture moldu à plus de 150 km/h et s'était protégé, à seulement 6 ans. Camille adolescente était soulagée évidement que son petit frère échappe à un accident mortel, elle ne pouvait imaginer ce qu'elle aurait ressentit sinon. Mais quelque chose clochait, quelque chose qu'elle n'avait pas pu s'empêcher de penser et que donc sa mère, Cassiopée savait.

Du coin de l'oeil, elle avait vu cette silhouette.

Ils n'avaient pas été seuls.

Mais à présent, Camille savait que son frère était en danger et elle ferait tout pour le protéger. Jusqu'à devenir son ombre à jamais.

* * *


Lorsqu'elle revint à elle, dans cette nouvelle réalité, Camille se sentit tout de suite plus à l'aise que dans le corps précédent. Il était bien plus semblable en terme de capacité magique à ce qu'elle avait. Peu importe ce qu'elle avait changé, cette Camille aussi avait dû faire des choix, des sacrifices, pour augmenter son potentiel. Elle se réveilla dans un bureau. Elle savait qu'elle était au sein du château français, pourtant ce n'était pas son bureau. Celui-ci avait été aménagé dans une pièce annexe, plus petit, aux meubles moins extravagant. Ce n'était pas un bureau pour recevoir, il servait surtout pour travailler comme en témoignait les nombreux parchemins dispersés en petits tas.

Son regard parcourut certains des documents, éplucha quelques dossiers. Elle dû bien se rendre compte qu'un thème revenait régulièrement. La protection de l'héritier de la famille. De sa famille. D'Alexandre. Tout tournait autour de ça. Aucune trace de l'Organisation, si elle existait dans cette réalité, elle n'en était même pas informée, encore moins leader. Elle semblait travailler seule à la protection de son frère, qui lui, occupait visiblement un poste très important dans le ministère magique français.

Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour faire une conclusion sommaire. Et elle n'était pas vraiment à son goût, même si un espoir sur la mention d'une pupille qu'elle formait avait naquit. Ici elle n'était pas Camille Dubois. L'effrayante, la connue, Camille Dubois. Ici, elle n'était qu'une ombre. L'ombre protectrice de son frère. Elle avait dédié sa vie uniquement à ce but.

Elle n'était personne.


C'est Camille Dubois, évidement.

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5e année
Titre : Re : exile.
Créé : 12/01/2026 à 18:51:29

Au milieu des dossiers, documents et autres papiers à travers lesquels Camille découvrait, horrifiait, le sort qui lui était réservé dans ce nouveau monde, était négligemment posé un petit papier cartonné, paré de dorures et d'un blason violet et blanc. Le texte, élégamment imprimé, laissait peu de place à l'imagination :

La famille Tchaïviev a le plaisir de vous inviter à l'occasion de sa réception annuelle, ce samedi, à vingt heures précises.

Cette invitation est un portoloin qui vous transportera le moment venu. Veuillez la conserver dans la plus grande confidentialité.

Une enveloppe déchirée, négligemment jetée dans la corbeille à papier, arborait les mêmes couleurs, et révélait alors le nom du destinataire, Alexandre Dubois, ainsi que celui de l'expéditrice, Anastasia.

◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊

Le soir même, le public affluait au château Tchaïviev, situé au coeur de la Iamalie. Les robes avaient été taillées pour impressionner, les sourires entraînés pour briller ; chacun y allait de soi pour rire, attirer l'attention des plus puissants. Il fallait dire que cette réception était, parmi les sangs-pur russes, le moment de l'année à ne pas manquer : la famille Tchaïviev, qui, quelques décennies plus tôt, était destinée à s'éteindre, avait su renaître de ses flammes, et regagner son pouvoir au sein des cercles fermés de l'aristocratie.

Le cerveau de cette ascension était là, au centre de la pièce – Anastasia Tchaïviev. Sans même dire un mot, tous les regards se portaient sur elle, son air distingué, son élégant silence qui en disait bien plus que tous les bavardages de ces contrées. D'un sourire accueillant, elle accueillait, un à un, ses invités, leur demandant comment allait leurs femmes, leurs maris, leurs enfants. Elle n'accordait jamais trop de temps à chacun, juste assez pour les saluer – et le mystère qui l'entourait, ainsi que la main nue qu'elle arborait encore, malgré les années, faisait rêver plus d'une dans cette grande assemblée. Sous les capes, les compliments fusaient, de la part de femmes envieuses ou amoureuses, et de tous ceux qui espéraient, au cours de cette soirée, tisser des liens plus profonds avec cette dame aux doigts de Midas.

Un petit orchestre jouait un air joyeux, sans être trop dansant. La musique se promenait entre les invité, au même rythme que les elfes qui, serveurs de la soirée, apportaient des coupes d'hydromels à tous ceux qui le désiraient. Le buffet n'était pas encore servi mais de la cuisine émanait de douces odeurs, aux promesses plus larges que ce dont tous pouvaient rêver. La soirée était parfaite ; le temps était à la fête. Anastasia Tchaïviev était une hôte discrète – mais, lorsque l'hiver venait, elle savait recevoir un public si chaleureusement qu'on en oubliait le climat polaire qui les entourait.

Dans un coin, une silhouette frêle paraissait s'excuser de sa présence même : contrairement à beaucoup, elle n'essayait pas de prendre la place centrale, et levait à peine le regard vers celle qui, pourtant, partageait son visage. C'était l'autre soeur, celle dont on savait tout aussi peu de choses ; son nom était Āliyoshka. Elle avait épousé, dès sa majorité, un incapable, dont le mariage n'était dû qu'à la puissance de ses parents. Il était là, à côté d'elle, accroché à son bras – un homme sans charisme au visage froid. Lui non plus, elle ne le regardait pas. Elle l'avait épousé pour sauver sa soeur d'un tel destin, sa soeur au grand coeur, celle qui savait aimer. Elle avait tenté de le fuir, avant de finir sa scolarité. Et puis, elle avait accepté. Des accords d'honneur liaient leur familles et, quoiqu'il arrive, il finirait par épouser une Tchaïviev, ou la famille serait ruinée. C'était ce qu'on lui avait dit, alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Et, ayant cessé de vouloir résister à son destin, et refusant de mettre en danger sa soeur à l'avenir si grand, elle avait fini par céder.

Elle lui avait donné sept enfants. Cinq filles et deux garçons, chacun discutant ici et là, sept héritiers dont les visages avaient, pour la plupart, récupéré les traits de la famille fortunée. Ils étaient grands, maintenant, et elle avait passé l'âge d'enfanter – à vrai dire, maintenant, elle ne servait plus à grand chose. La cadette était sur le point de finir ses études, et, de ce fait, son rôle de mère était bientôt périmé. C'était ce qu'il lui disait, tout le temps. Ce qui lui répétait, dans les silences comme dans les discussions. Il n'avait même plus besoin de le dire, à vrai dire – elle le savait. Elle n'était plus que sa femme, un joli objet, parfait pour ce genre d'occasions lors desquelles, pourtant, personne ne semblait remarquer qu'elle brillait. Mais brillait-elle encore ? Elle se sentait ternie, dans son âme comme dans son visage. Cette réception n'était qu'un triste moment à passer, et, comme toujours, personne ne la remarquerait. Elle reviendrait chez elle, dans ses appartements et, peut-être que demain, sa soeur reviendrait, lui demanderait son avis sur une question ou deux. Mais au fond, elle le sentait bien – avec les années, son esprit dépérissait. Elle avait pu aider, fut un temps, à l'ascension de sa famille. Mais aujourd'hui, elle peinait encore à se concentrer. Elle n'était plus personne, elle s'était sacrifiée – ses bras pleins de marques, par enchantement cachées, étaient là pour en témoigner, lorsque la nuit, elle consultait son reflet.

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Titre : Re : exile.
Créé : 12/01/2026 à 21:34:13

Une fois la surprise et l'étrangeté de découvrir un frère qu'elle n'avait finalement jamais connu, Camille dû reconnaitre que son rôle n'était pas de tout repos, elle n'eut pas le temps de se pencher sur cette hypothétique pupille. Loin de sauter dans ses bras, son petit frère plaisanta sur ses yeux brillants et sembla réellement surpris de voir une émotion traverser le visage de sa sœur de marbre. Puis, il lui rappela leur invitation, ou plutôt la sienne à une soirée mondaine russe.

Alors qu'elle l'écoutait d'une oreille discuter sur ses obligations et autres plaintes, comme s'il était habituel qu'il vienne se confier ici, Camille l'observa. Alexandre, en grandissant, était devenu très beau. Un parfait mélange du charisme hypnotisant de leur mère, ainsi que la stature musclée de Xavier. Il portait une barbe sombre soigneusement entretenu, des boucles ébènes entourant un visage délicat. Mais ce qui attirait l'attention était son regard, de la même teinte que ceux de Cassiopée, que ceux de Camille, un bleu glacé saisissant dont la gentillesse transparaissait. Comment avait-il pu sauvegarder ce fond qu'il ne semblait pas jouer ? Grâce à elle, probablement.

Contrairement à la précédente réalité, elle ne sentait pas la Camille se battre, comme si elle s'était fondu naturellement avec elle. Elles n'étaient pas si différentes. Juste, cette Camille avait trouvé quelqu'un à protéger bien plus tôt dans sa vie et en avait définit toute son identité.

« ... Je t'ai sortit une tenue d'ailleurs. Je sais que tu détestes choisir quelque chose d'approprié pour ce genre d'occasion. Tu sais que la dernière fois, Anastasia Tchaïviev a complimenté ta tenue, mais je ne suis pas certain que c'était vraiment la robe qu'elle...

- Tchaïviev ? Et Natacha ? » Coupa subitement Camille, relevant la tête et sortant de ses pensées et des souvenirs de son autre elle-même.

Cette coupure si soudaine choqua son petit frère, comme s'il ne lui avait jamais connu aucun intérêt pour qui que ce soit. Il sembla réfléchir un instant.

« Natacha ... Oh oui, tu veux parler de sa sœur ? Euh, je ne crois pas qu'elle ait remarqué ta tenue ? Après, elle ne parle pas vraiment, souvent dans l'ombre de son mari. Un véritable enc*** celui là, Vladimir.... Ketchlov ! C'est ça, Natacha et Vladimir Ketchlov. Tu me fais quoi là ? Tu essaies de me tester sur les noms ? J'ai bien révisé. Et promis, cette fois, je ne boirais pas trop, je n'ai pas envie de recommencer le duel... »

Camille sentit de la gêne émaner de l'homme, même s'il contrôlait très bien son visage pour le dissimuler derrière son sourire. Quelque chose en rapport avec sa magie. Ou plutôt son absence de magie, lui souffla sa mémoire.

« Tu es un cracmol ... » Souffla-t-elle avec de l'effarement et de la surprise alors que des souvenirs envoyé par son autre conscience lui revenait. Une idée venu de l'accident qui n'avait pas eu lieu. Tout le monde avait cru qu'Alexandre avait des pouvoirs, mais il fallut se rendre à l'évidence que non, et il n'en aurait jamais. Un stratagème s'était mis alors en place, un entrainement rigoureux que Cassiopée avait désapprouvé jusqu'à sa mort.

Camille n'était pas seulement l'ombre de son frère, elle était sa magie. Lorsqu'ils n'étaient pas loin, Alexandre pouvait puiser directement par contact grâce à des ensorcèlements que tous auraient désapprouvés. La magie chez les sorciers était une partie de son âme, on ne pouvait la partager. Et pourtant Camille avait brisé la sienne puis avait partagé des morceaux pour le seul être humain qu'elle aimait.

* * *

Bras dessus et bras dessous, les enfants Dubois firent leur apparition au manoir russe. On aurait dit des jumeaux, leur sept ans d’écart ne se voyait quasiment pas, et leur tenues assorties renforçaient ce sentiment. Alexandre avait visiblement un bon goût vestimentaire, sa cape était d'un bleu nuit, seulement rehaussé par des boutons argentés qui se reflétaient dans ses iris pâles. Sa chemise légèrement ouverte comme s'il n'était pas dans un pays nordique était remonté sur ses avants bras pour découvrir une série d'étranges tatouages qui suscitaient bien des rumeurs. Surtout qu'en miroir, Camille, cette soeur mystérieuse qui ne le quittait pas d'une semelle, non mariée, les mêmes. La sorcière découvrit avec étonnement en sondant les esprits, que plusieurs songeaient aux rumeurs incestueuses qu'ils avaient entendu ou propagé sur son compte et celui de son frère. La sorcière était si stupéfaite qu'elle se laissa trainée par son frère qui plaisanta dans son esprit en lui disant qu'elle était vraiment étrange aujourd'hui.

C'était le cas de le dire.

Mais au moins elle n'avait pas sursauté cette fois en sentant la présence et la voix de son frère. Ce n'était qu'une conséquence du pacte réalisé entre leurs deux âmes, et même si Alexandre préférait visiblement parler à voix haute, elle devait admettre que c'était pratique pour le surveiller et pour comprendre mieux ce monde.

« Ah tiens, voici les Ketchlov dont tu parlais »

Mais Camille n'eut pas le temps de se tourner dans la direction que lui indiquait son frère que leur hôte se tenait devant eux. Alexandre échangea les formules d'usages, remerciant pour l'invitation et n'hésita pas à complimenter la sorcière sur son apparence. Si le compliment était sincère, Camille pouvait sentir qu'il n'était physiquement pas attiré par elle, ni par personne dans cette salle d'ailleurs. Mais la mage noire n'eut pas le temps de se pencher sur la question que déjà Anastasia Tchaïviev se tenait devant elle.

Mais elle n'eut pas un regard pour elle, malgré son évident magnétisme, et la bouscula même, pour aller voir Natacha. Ou plutôt mettre une baguette sous le nez de Vladimir, le regard brillant de haine.

« Tu la bas, espèce de monstre, je vais te tuer dans cette réalité comme j'aurai du le faire dans la mienne. » Siffla-t-elle entre ses dents avant de sentir qu'on la forçait à reculer et à baisser sa baguette.

Son frère se plaça même devant elle, son regard écarquillé devant celle qu'il n'avait jamais vu perdre la maitrise d'elle-même depuis des années.

« Mais qu'est ce qui t'arrives ??? »


C'est Camille Dubois, évidement.

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Titre : Re : exile.
Créé : 12/01/2026 à 23:54:47 - Modifié : 13/01/2026 à 00:03:13

Jamais une foule n'avait autant eu ses yeux rivés sur Āliyoshka. Elle se sentait mise à nu par cette femme, cette inconnue qui, en un éclair, avait sifflé ce que tout le monde ignorait. Ce qu'elle cachait, sortilège après sortilège, potion après potion. Ce que les gens évitaient du regard, parfois tout en le devinant, parfois en se persuadant que ce n'était qu'une pensée parasite, sans aucune réalité. Cette femme, Camille, l'avait vue – et, avec elle, avait provoqué un mouvement suffisant pour faire tourner quelques regards vers la scène – une inconnue, française, qui se permettait d'agresser les Tchaïviev. Voilà de quoi animer cette soirée. Déjà les murmures s'élevaient, prêts à noter que les Dubois étaient désormais à éviter. Āliyoshka détestait cela. Elle désirait se recroqueviller, se cacher au fond de sa robe bleu nuit aux détails dorés. Quelle honte – la voilà, encore une fois, à amener la honte sur sa famille. Qu'avait-elle fait ? Avait-elle eu l'air trop faible ? Pas assez souriante ? Pas assez heureuse au bras de son mari ? Quoique ce soit, elle le paierait, elle le savait. Ce soir ou une autre fois – elle retint un frisson à cette idée.

Cette inconnue ne pensait sans doute pas à mal, mais il y avait des choses que l'on ne disait pas, pas au milieu d'une salle de bal, pas devant des invités, pas quand Vladimir lui tenait le bras et la serrait, plus fort, plus fort encore. Son visage à lui ne laissait rien transparaître – elle, elle gardait toujours le regard bas, n'osant pas lever les yeux pour croiser le regard de cet effrontée. À sa silhouette, elle reconnaissait Camille Dubois, et son frère, Alexandre. Elle connaissait les noms de tous les gens à cette réception. C'était ce qui lui restait, les noms. Ce qu'elle pouvait mémoriser, ce qu'elle devait mémoriser. Si son mari la tenait tant par le bras, c'était pour qu'elle lui souffle ce qu'il ne daignait pas retenir. Déjà, par réflexe, elle s'apprêtait à murmurer, mais déjà, son rire la coupait. Un rire gras, condescendant. Elle détestait son rire. Mais elle préférait ne pas y penser.


VLADIMIR · Eh bien, monsieur... Laforêt, c'est cela ? Il serait temps d'apprendre à votre fem... Enfin, votre soeur à se comporter en société, elle est un peu grande pour ce genre de sottises !

Un rire gras, encore, ralliant celui de quelques hommes autour. Évidemment, les rumeurs idiote sur les français faisaient toujours rire. Toujours plus que les accusations de Camille, qui étaient un peu trop dérangeantes en ces beaux lieux dorés. Personne ne souhaitait trop y penser. Et puis, Āliyoshka avait fait une belle famille, un tableau parfait – sur un des mus, d'ailleurs, une peinture les représentait tous. Ils avaient l'air bien trop heureux pour être issus d'un mariage malheureux, disait-on. Certes, elle était timide, mais passé l'adolescence, elle l'avait toujours été. C'était comme ça. Certaines femmes préféraient l'ombre, pensait-on. C'était généralement ce qu'on disait aussi de l'accusatrice soudaine, qui, après des années, ne s'était pas marié, et n'avait pas non plus fait carrière. L'ombre de son frère – il était bien culotté de sa part de venir répandre de telles rumeurs sur une femme qui, au final, avait mieux réussi qu'elle dans la vie. Elle devait être jalouse. C'était toujours comme ça.

ĀLIYOSHKA · Vous avez l'air pleines de bonnes intentions, madame Dub...

VLADIMIR · Mademoiselle Laforêt...

Elle avait parlé, en un murmure effacé, et elle avait été coupé – elle avait à peine réagit à cela. De toute façon, les dires de son mari provoquait les rires. Il savait gérer ce genre de situation.

ĀLIYOSHKA · Ma famille est très heureuse, ne vous inquiétez pas. Je suis très heureuse. Vladimir est un très bon mari. Il n'y a pas de soucis à se faire pour moi, vraiment...

Puis, montrant du doigt une zone brunie le long de sa main, pas tout à fait cachée mais dissimulée par les longues manches qui tombait sur ses poignets, elle ajouta machinalement, avec un vague rire difficile à interpréter :

ĀLIYOSHKA · La blessure que vous voyez... Je me suis juste fait mal en rangeant. Je suis très maladroite, vous savez...

Presque théâtralement, les soupirs de soulagement des invités se firent entendre à cette explication. Oui, Āliyoshka était maladroite, tout le monde le savait – combien de récits avait-elle fait de sortilèges ratés, d'accio qui se finissaient en oeil au beurre noir car le livre avait volé trop rapidement, de potions dont l'explosion avait brûlé ses cheveux... Voilà, cette Camille Dubois n'était juste pas au courant de ça. Elle avait mal interprété ce qu'elle voyait. Tout le monde était rassuré, et chacun revenait à sa conversation. Il ne restait plus que Vladimir, Āliyoshka, Camille, Alexandre et Anastasia, qui venait d'arriver baguette en main pour modérer les passions de sa soirée. Les Dubois ne pouvaient pas tout ruiner comme cela.

ANASTASIA · Ce sont des malentendus qui arrivent ! Vous les français, votre culture est différente, vous vous trompez parfois sur nos moeurs... Allez, détendez vous, il n'y a dans cette soirée que de la joie ! Venez prendre un verre avec moi, très chère Camille, je suis sûre que nous avons beaucoup à...

Mais sa phrase n'était pas terminée que tout d'un coup, un bruit sourd s'abattait au sol, en même temps que la silhouette de son double, la peau pâlie, qui venait de s'écrouler au sol.

ANASTASIA · Ce n'est rien, juste l'excès d'émotions ! Ne vous inquiétez pas, elle a toujours été comme cela...

VLADIMIR · Voyez ce que vous faites à ma femme, mademoiselle... Et après, c'est moi que vous osez accusez... Je vais m'occuper d'elle, ne vous inquiétez pas.

Le mari parfait, murmurait-on, alors qu'il sortait de sa poche une fiole bleutée, se penchant vers la mère de ses nombreux enfants...

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Titre : Re : exile.
Créé : 13/01/2026 à 20:51:15

Voir ainsi Natacha la rendait folle de rage. Oh elle l'avait vu dans bien des situation, brisées, malheureuse, dans la dernière en date dangereuse, mais elle ne l'avait jamais vu soumise. Cette femme avait peut-être son visage, sa voix, son physique, mais ce n'était clairement pas la femme qu'elle... Elle ne savait même pas trop ce qu'elle ressentait pour celle qui était sa meilleure ennemie. Elle força ses membres raidis par la haine à s'éloigner, un pas après l'autre. Elle n'avait même pas jeté un oeil à Vladimir après qu'on l'ait forcé à baisser sa baguette, n'écoutant qu'à peine sa petite voix de roquet et ses insultes.

« Nous pourrons le mettre sur la liste, s'il te met autant hors de toi, mais je ne te savais pas défendeur de la veuve et l'orphelin, ma soeur. »

La voix interne de son frère l'interpela, elle n'était plus seulement inquiète mais suspicieuse. Il ne fallait pas qu'elle refasse l'erreur de la dernière réalité, Alexandre ne serait peut-être pas très heureux de savoir qu'elle n'était pas celle prétendait être. Ou pas complétement. Il chercherait à la renvoyer, lui aussi. Alors sans chercher à savoir ce que pouvait être cette fameuse liste, elle répondit de la même façon, semblant légèrement contrite.

« Elle me fait penser aux victimes de Mère. »

L'explication dû suffire pour le moment car Alexandre détourna son regard pour laisser passer Anastasia, se préparant déjà à trouver une autre excuse plus convenable pour les excuser. La culture pouvait fonctionner, après tout, personne ici n'était au courant qu'ils avaient reçu une éducation internationale de la part de professeurs provenant eux même de chaque pays. Bref, qu'une telle erreur n'avait rien d'un problème culturel, mais il valait mieux se faire traiter d'inculte que d'agresseurs, non ? Le sorcier était donc en train de peser le pour et le contre lorsque la russe s'écroula. "Par Flamel", eut-il tout juste le temps de penser, car déjà sa soeur levait à nouveau sa baguette et attirait entre ses doigts la fiole bleuté.

« Camille ! Rend lui ça tout de suite ! » Tentait-il de lui dire, mais autant discuter avec un mur. Ce qui le surprit plus encore, sa soeur ne l'avait jamais bloqué ainsi.

Mais la mage noire avait déjà débouchonné la fiole, elle respira les effluves avant de glisser une micro-goute sur son ongle et de le glisser sur sa langue.

Essence de Monts et Merveilles. Des souvenirs d'une autre réalité lui revinrent. Lyanna étendu au milieu de fioles tachées d'indigo, ses émotions, ses souvenirs bloquées pour oublier sa culpabilité.

Ignorant royalement Vladimir tout en se tournant vers Anastasia qui avait manifestement le pouvoir ici, la sorcière eut un sourire doucereux, froid.

« Alors c'est comme ça que vous vous occupez de votre famille ? Effectivement cela doit être une différence culturelle miss Tchaïviev, car personnellement, je ne laisserai jamais quelqu'un droguer mon propre sang juste devant mes yeux. »

Sa tête se baissa un instant vers la forme inanimée au sol, elle n'était pas Natacha, pas vraiment, se força-t-elle à ressentir avant de lancer la fiole rebouchée à Anastasia. Lorsqu'elle fixa la russe, elle utilisait ses capacités Legilimens, renforçant son magnétisme, sa voix semblait elle-même plus chatoyante, son visage plus attrayant. Personne ne remarqua le mouvement de recul d'Alexandre, comme s'il était choqué de la voir utiliser ainsi son pouvoir, comme s'il voyait un fantôme, celui de leur mère. Camille se rapprocha d'Anastasia, laissa son souffle chatouiller le creux de son cou.

« Est-elle vraiment comme ça depuis toujours Anastasia ? Réfléchissez. Ou est-elle comme ça depuis qu'un homme stupide l'utilise vulgairement comme une cuve reproductrice ? Il la drogue pour la maintenir sous sa coupe car ce n'est pas son intelligence qui le pourra, comme tout ces hommes qui rêvent de t'utiliser, de te posséder, de te contrôler. Ils haïssent, méprisent, toute forme de puissance et plus encore lorsqu'il provient d'une femme. Si un jour tu assez de cran pour y songer, alors nous pourrons boire ce verre, Tchaïviev. »

Elle n'était clairement plus l'Ombre ici, c'était Camille Dubois, leader de l'Organisation, puissante mage, qui parlait, qui utilisait son pouvoir. Et d'un sourire, elle fixa finalement Vladimir, lui envoyant une vague de douleur qui ne provenait que de son propre esprit, elle lui envoya des visions horrifique où son corps se faisait ronger par des créatures de l'ombre. Lorsqu'il commença à gémir, elle se retira, lui adressant un clin d'oeil ainsi qu'un baiser dans l'air qui promettait bien pire dans un futur prochain. D'une main ferme elle attrapa l'héritier de sa maison qui demeurait figé et se laissa trainé comme un petit garçon.

Lorsqu'il réapparurent en France, dans le hall du château, Alexandre se dégagea violemment, se mettant loin d'elle, jusqu'à être coincé contre un mur, comme si elle était un monstre.

« Qui es-tu ? Tu n'es pas ma soeur. Elle n'aurait jamais... On aurait dit ... Il cherchait ses mots, son rythme cardiaque élevé ne l'aidant pas. Comment as tu pu utiliser les techniques de Cassiopée ? Nous avions promis... A son enterrement, tu avais promis que jamais ...

- Est-ce que j'avais promis aussi de n'être personne ? De rester constamment ton ombre à tel point que je n'aurais qu'une faible personnalité ? De n'être que la "soeur de" ? Penses-tu réellement que cette vie gâchée pourrait me convenir ? Cassiopée était peut-être un monstre, mais au moins avec son aide, j'avais quelque chose, j'avais un but ! Ici je n'ai rien !

Alexandre eut un geste de recul contre son mur, manifestement blessé par ces paroles.

- Tu m'as moi et cela te suffisait avant ...

Camille eut un sourire méprisant, méchant alors qu'elle allait au bureau pour savoir l'identité de la fameuse pupille.

- Cela ne m'a jamais suffit. »

* * *

Alexandre attendit que la sorcière disparaissait avant de se décoller du mur, encore choqué des paroles échangé avec sa soeur. Mais si le jeune homme n'avait jamais eu de pouvoir il n'en était pas un idiot. Quelque chose avait changé chez la sorcière, cela ne datait pas depuis longtemps. Cette version était différente, plus brutale, brisée ? Comme une petite souris de celui qui a appris toute sa vie comment se déplacer dans ce château sans attirer l'attention, il se glissa dans sa chambre. Ses vêtements avant la soirée étaient là, échoué sur le sol. La robe qu'il lui avait choisis n'avait pas de poche et la cape en soie n'en avait que peu. Alors elle avait dû laisser ses objets dans sa précédente tenue.

Alexandre trouva la couronne aux pierres rougeâtres dont il en manquait plusieurs. Il la tourna entre ses doigts, fronçant les sourcils. Même sans pouvoirs, il ressentait une étrange aura de cet objet.

Et avec un regard sur l'extérieur, il décida de le voler.


C'est Camille Dubois, évidement.

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Titre : Re : exile.
Créé : 14/01/2026 à 00:04:41

Camille Dubois avait, incontestablement, cassé l'ambiance. Tous les invités s'étaient accordés là dessus, avant qu'Anastasia joue de sa baguette pour effacer ce souvenir gênant de l'esprit de tous, tandis que les paroles de la française tournaient en boucle dans sa tête. Bien sûr qu'elle savait ce que sa soeur subissait, elle n'était pas aveugle. Personne ne l'était. Et elle aimait Āliyoshka, il n'y avait pas de doute à cela ; mais, à l'époque du mariage, avant l'ultime moment sur l'autel où leurs destins seraient scellés, sa soeur lui avait fait promettre que ce sacrifice en valait la peine, que cela lui offrirait la vie dont elle avait toujours rêvé. Et Anastasia avait toujours rêvé de cette vie-là. La puissance, la richesse. Elle avait été éduquée comme cela. Rien ne l'excitait plus que ces réceptions lors desquelles elle était le centre de l'attention, ces discussions dans lesquelles elle s'immisçait, et où un seul mot de sa part suffisait à changer des destinées. Parce que Āli s'était sacrifiée, bon nombre d'autres femmes avaient été sauvées. Et, lorsque la maîtresse de maison avait essayé de changer les choses, voyant sa soeur épuisée par les grossesses qui s'enchaînaient, c'était déjà trop tard. Le mariage avait dévoré Āliyoshka, qui se pensait être tombée amoureuse de son mari au fil du temps ; et surtout, des enfants étaient nés. C'était surtout ça : il était trop tard pour s'échapper, et ça, la troisième oeil dont le don s'était effrité au fil des années l'avait bien compris. Se débarrasser de Vladimir briserait leur image familiale, briserait l'avenir déjà brillant de ses enfants. Elle était devenue martyr de sa famille, et elle l'avait accepté. Car au fond, cet homme, elle avait appris à l'aimer – cela ne pardonnait pas les coups, mais la rendait suffisamment docile pour refuser tout assassinat programmé. Et Anastasia, au fil des années, avait vu sa soeur devenir un fantôme, plus morte que vivante... Et voyant son autre moitié mourir, elle aussi, avait accepté ce sort, s'était endormie, avait fermé les yeux sur la gravité des faits. Elle s'était engluée dans la belle image qu'elle s'était créée. Et aujourd'hui, suite à ce coup de poing, elle regrettait. Mais en même temps... Que pouvait-elle faire ? Son rôle était de protéger la famille, dans son intégralité. Pas de tout ruiner pour préserver sa soeur – Āliyoshka détesterait cela.

◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊◊


? · Vous êtes une putain d'hypocrite, voilà ce que vous êtes.

Dans le château Dubois, une nouvelle silhouette, silencieuse pendant la réception, était venue rendre visite à celle qui avait ruiné la soirée. Ses cheveux courts, coupés au carré, avait les mêmes reflets éclaircis que ceux de son père, mais son visage ne mentait pas, et surtout pas ses yeux, bruns et animés, bien plus vivants que ceux qu'ils imitaient, et pourtant, reconnaissables dès le premier coup d'oeil – c'était la fille ainée des Tchaïviev, une jeune femme d'une trentaine d'années en costume masculin, agrippant fermement sa baguette face à Camille.

? · Parce que quoi, vous êtes venue vous donner en spectacle, nous faire la leçon ? C'est bien, bravo, tout le monde a vu votre vertu, vous devez être contente. En attendant, vous avez rien changé.

C'était une colère apeurée qui sortait de ses lèvres rouges, un flux de parole qui ne s'arrêtait pas, une menace qui ne cesserait jamais si on la laissait continuer. Elle n'avait pas prévu ça. Elle n'avait pas prévu que cette soirée brise le cristal de silence qui entourait sa famille depuis des années, depuis sa naissance, même. Pourtant, elle était grande, elle était adulte. Depuis que sa mère avait perdu son énergie, quelque part entre la naissance des cadets de la famille, elle avait pris le rôle protecteur, avait tout fait pour préserver, autant que possible, l'innocence de ses plus jeunes frères et soeurs. Eux aussi étaient grands maintenant. Grands, et tous désemparés.

? · Vous pensez qu'on est stupides, qu'on a rien remarqué ? Qu'on a grandit chez eux, mais qu'on est capables de fermer les yeux ? Non, bien sûr que non ! Mais il suffit pas de balancer des mots en l'air comme ça pour sauver la situation.

Elle retient des larmes dans ses yeux, elle ose à peine penser à sa mère. Elle se souvient des soirées de son adolescence, à errer dans le salon autant que possible, espérant que Vladimir s'endorme avant elle, espérant que son regard de témoin protège un tant soit peu sa mère qui, toujours les lendemains, lui disait que tout allait bien. Tout n'allait pas bien, elle le savait. Mais comment fait-on lorsque l'ennemi porte son sang, lorsque c'est lui que nous voyons dans le reflet du miroir ? Elle se coupait les cheveux, se maquillait, et pourtant, l'arrête de son nez la hantait. Elle était lâche, pensait-elle, tout le temps. Et pourtant, elle n'arrivait pas à être courageuse. Elle n'arrivait pas à sauver sa mère, et ce soir...

? · Vous avez pensé à ce qu'il va lui dire quand elle sera réveillée ? Ce qu'il va faire ? Vous vous êtes vraiment dit que votre petit discours allait changer les choses ? Non, bien sûr que non. Vous n'avez pas pensé une seconde à ma mère, tout ça, c'était pour que vous puissiez briller. Tout ce que vous nous avez donné, c'est une excuse de plus pour qu'il justifie ce qu'il lui fait. À ses yeux, ce sera toujours à faute, à ses...

Elle perd le fil de ce qu'elle dit, son regard vagabonde sur ce petit bureau, minuscule, ridicule. Sa mère aussi en a un comme ça. Enfin, en avait un. Maintenant, elle n'y va plus. Elle n'écrit plus. Elle ne lit plus. Elle ne fait plus grand chose, à vrai dire, plus grand chose d'humain. Elle survit – et cela lui prend déjà toute son énergie.

? · Et le pire, vous savez quoi ? C'est la raison pour laquelle je suis là.

Avant de partir, il lui avait parlé. Il lui avait donné un ordre, clair. Le genre d'ordre qui dit « Je suis ton père, écoute moi ». Elle n'avait pas eu le choix de venir ou non, elle aussi, au fond, était sous l'emprise de cet homme qui, pourtant, ne l'avait jamais désiré. Il aurait préféré qu'un garçon naisse en premier. Loupé, c'était elle. Et maintenant, elle se retrouvait à accomplir ici et là les missions qu'il lui donnait, à contre coeur. Mais si elle ne le faisait pas, ce serait à une autre de ses soeurs de le faire, ou bien à l'un de ses frères. Au fond, elle comprenait sa mère. Dans cette famille, soit on sacrifiait, soit on brisait ceux qui nous entouraient. Et si sa mère lui avait appris une chose, c'était de se sacrifier. Ce n'était sans doute pas la meilleure des leçons.

? · C'est parce que je suis censée vous tuer. Vous et votre frère. Et vous savez quoi ? Franchement, j'en ai pas envie. Parce qu'on sait tous que c'est vous qui dites la vérité.

Alors, elle tendit sa baguette, paume ouverte, à son interlocutrice – un geste qu'elle n'avait jamais fait, un geste dangereux auquel elle aurait dû plus longtemps penser – mais elle n'en avait plus rien à faire. Cela faisait des années qu'elle vivait dans la lâcheté, dans la peur des conséquences. Et Camille Dubois lui avait ouvert les yeux sur l'urgence du danger. Elle n'aiderait pas une seconde de plus son père – car, aujourd'hui plus que jamais, elle comprenait l'amertume dans laquelle vivait sa mère. Et elle l'abhorrait.

Rendant ses armes, enfin, elle se présenta :


? · Au fait, je m'appelle Natacha.

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Titre : Re : exile.
Créé : 10/04/2026 à 20:18:50

Les informations, encore une fois mauvaises (une pupille qui était une gamine sans vraiment de potentiel, Lyanna morte depuis plusieurs années), n'avaient pas été compliqué à trouver et après la frustration de la soirée, Camille avait réduit en miette chaque partie de ce tout petit bureau. De toute façon tous les bibelots n'étaient pas vraiment à elle, ils étaient à une autre version d'elle-même. Une version qu'elle méprisait pour sa faiblesse. Avant de ressentir une once de culpabilité car après tout, avoir son frère vivant, n'était-ce pas ce qu'elle avait toujours voulu ? N'aurait-elle pas tout donné à un moment pour le voir grandir à ses côtés ?

Oui. Peut-être. Surement. Mais c'était avant Lyanna. Son obsession de faire revenir un mort s'était déplacé à présent. Et cette réalité n'était pas du tout comme dans ses rêves. Pas du tout. L'Organisation c'était elle. Et pas son frère. Pas son mensonge de frère qui utilisait ses pouvoirs.

La sorcière était encore à briser un cadre à la photo de deux adolescents complices sur le mur opposé lorsque la porte s'ouvrit. Son bureau était pire qu'un moulin. Au moins, chez elle, on le craignait, on frappait avant d'y entrer. Elle n'eut pas le temps de renvoyer le ou la visiteur qu'elle se figea.

Un instant, une autre personne se superposa sur la silhouette de celle, qui même sans se présenter avait été reconnue par la mage noire. Comment n'aurait-elle pas pu reconnaitre celle qui ressemblait tant à sa mère au même âge ? L'âge où elles avaient ... Camille cligna des yeux plusieurs fois pour chasser les images d'un autre monde, d'une autre réalité qui n'avait rien à faire dans son esprit à ce moment précis. Son prénom dévoilé enfonça un peu plus une lame tranchante dans sa poitrine, elle était une conséquence de ce futur affreux et pourtant, elle portait le prénom de sa liberté. Celui qu'elle s'était choisit, celui qu'elle avait toujours préféré et avait décidé de garder. Et cette fille, cette Natacha, au regard flamboyant, semblait bien plus sa, leur, propre fille que l'enfant dans la précédente réalité.

Alors qu'elle se rendait, sa baguette tendue, Camille se rendit compte qu'il n'y avait même plus de siège où l'inviter à s'asseoir. Elle l'avait brisé de rage d'un coup de baguette, et il ne restait que des morceaux calciné de ce siège valant probablement une petite fortune. A la place, elle soupira, lui indiquant d'un geste du visage qu'elle pouvait ranger son arme. Confiance dans celle qui avait avoué qu'elle était là pour la tuer ? Rien n'allait ici.

« Tu es ici pour me tuer sans le vouloir ? Je te fais donc une contre proposition que tu apprécieras bien plus, Natacha. Le nom roula sur ses lèvres, mais ce n'était pas sa Natacha. Avant de partir de cette réalité qui ne possédait pas ce qu'elle cherchait, elle libérerait son papillon de sa cage. Il est temps de libérer ta mère, continua-t elle en écho de ses pensées. Elle n'a que trop souffert de cette situation, et tes frères et sœurs aussi. Il ne vous mérite pas. Il ne vous a jamais mérité. ma chère Natacha, reprends ta baguette, nous allons tuer ton père. »

* * *

Le voleur de diadème, lui, n'avait absolument pas conscience du meurtre qui était en train de se préparer à juste un étage de lui. A la place, il frottait pensivement les pierres d'une main alors qu'il tenait de l'autre un miroir ne reflétant pas son reflet mais celui d'une blonde au cheveux décoiffés, hors de sa queue de cheval, une tache de peinture sur son visage.

« Ce que tu avais prévu est arrivé, cousine. Elle est là.

- Bien. Je vais te donner des instructions alors mon cher cousins, car ni toi, ni moi, ne pouvons nous permettre de la laisser repartir. Cela vaudra le coup, je te le promet. Nam Maius Bonum.

-Nam Maius Bonum »


C'est Camille Dubois, évidement.

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5e année
Titre : Re : exile.
Créé : 25/04/2026 à 00:02:32

Désemparée, Natacha rangea son arme dans sa poche. Elle n'aimait pas vraiment cette situation. Elle aurait préféré que cette inconnue lui vole sa baguette, la débarrasse de cet excès de pouvoir que la génétique lui avait mis entre les mains. Elle détestait la magie dans ses veines, sans doute parce que, depuis toujours, elle avait essentiellement vu son père la pratiquer. Sa mère n'utilisait sa baguette qu'occasionnellement, comme si elle avait peur de ce qui pouvait en sortir – et, ainsi, Natacha avait grandit en détestant cet outil.

En plus de ses années à Durmstrang, qu'elle avait passées à s'inquiéter des choses qui pouvaient avoir lieu chez elle en son absence, c'était son père qui l'avait formé à se battre. À défaut d'être le fils qu'il désirait, il avait fait en sorte de la transformer en travailleuse docile. Si elle ne portait pas la charge de la transmission du nom, elle porterait celle de son honneur, qu'il fallait bien trop souvent sauver en s'embarquant dans des quêtes meurtrières. Alors oui, Natacha avait tué. Avec honte et dégoût, elle avait fait couler le sang des ennemis de son père, souvent sans savoir le mal qu'ils avaient causés. Parfois, elle avait essayé de les sauver. Elle n'avait jamais réussi à le faire bien longtemps. Si elle ne salissait pas ses mains de sang, son père le faisait à sa suite – et à choisir, elle préférait assurer des morts sans douleur à ses victimes.

Si le meurtre ne lui était donc pas inconnu, son sang se glaça face à la froideur de la voix de Camille Dubois, alors que celle-ci lui proposait sans hésitation d'assassiner son père. C'était sans doute la première fois que cette option lui paraissait réelle. Évidemment, dans des moments de rage, l'idée avait fusé dans ses pensées – mais jamais à ce point. Et Natacha peinait à se dire que la proposition était réelle. Faisant un pas en arrière, elle laissa ses doutes défigurer la femme qui lui faisait face. Une française, de l'âge de sa mère. Une fauteuse de troubles qui pourtant avait la réputation de se cacher derrière son frère. La russe ne savait rien de plus qu'elle. Avait-elle envie d'en savoir plus ?


NATACHA · Je...

Ses mains tremblaient légèrement, tandis que son regard cherchait où se poser, alors qu'il examinait les possibilités qu'elle avait devant elle. Son élan de colère avait, jusque là, fait l'illusion de sa force ; mais, au fond, Natacha n'avait jamais vraiment grandit, et son courage n'était qu'un masques d'illusions. Ses sacrifices ne duraient jamais longtemps, et bien vite, elle redevenait la marionnette qu'avait formée son père.

NATACHA · Je ne suis pas capable de faire ça.

Et pourtant, le discours était séduisant ; plus jamais de missions, plus jamais de peurs. Un travail bien fait libèrerait sa famille de nombreux poids. Mais encore fallait-il oser faire ce travail, oser commettre le pêché le plus grand.

NATACHA · Faites-le, vous.

Un tremolo de peur se glissait dans sa voix, alors qu'elle croulait sous les images des possibilités qu'on venait de lui présenter.

NATACHA · Moi... Il m'a appris à me battre, il connaît toutes mes faiblesses, tous mes tours... Je vous dirais où il est, je vous dirait comment il se bat. Mais si... Si c'est moi qui... Je ne réussirais pas, je ne peux pas réussir. Il nous tuera tous, il tuera ma mère, il vous tuera vous avant que je ne... Enfin, voyons, est-ce que vous, vous pourriez tuer... Votre père, votre frère, je ne sais pas... C'est...

À défaut de chaise, elle s'adossa contre le mur, à la quête d'un soutien qu'elle peinait à trouver dans le regard de cette inconnue.

NATACHA · Je suis désolée. Je n'ai pas cette force, je ne suis pas... Je ne peux pas.

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